Nous avons beaucoup déménagé en l'espace de 15 ans ... et ceci pour des motifs exclusivement financiers.
Mon père ayant perdu sa situation professionnelle, il a dû relever la tête et tenter de s'en sortir. Ce fut une épreuve très difficile pour lui.
Nous avons été obligé de partir d'une magnifique maison avec tout son confort, pour aller dans un tout petit appartement. En passant, nous avons déménager à nouveau dans une maison, pour finir par être logés à titre grâcieux dans une immense maison vide, sans chauffage, sans eau chaude, sans meubles.
Juste un matelas pour 2 où nous dormions à 3, moi au milieu de mes parents, de manière à nous tenir chaud les uns les autres...Nous mangeions grâce à 1 petit réchaud à gaz.
Sans aucun moyens, nous mangeions des pâtes le midi et le soir. Certes, nous étions dans la misère, mais nous sommes restés unis.
Mes parents avaient voulu me confier à mon parrain qui avait la place et le confort pour m'accueillir. J'ai toujours refusé de me séparer de mes parents. J'estimais que nous étions 3 et donc que les soucis, on les affrontait à 3. A 12 ans, j'ai appris très tôt ce qu'était la vie, la valeur de l'argent, ce qu'était la faim et la peur, le courage et l'espoir.
Cela m'a peut-être fait mûrir plus vite... je ne sais pas. Une chose est sûre, je m'étais endurci.
A force de tenacité, mon père a finalement retrouvé du travail et nous avons survécu comme on a pu.
Notre qualité de vie s'est petit à petit amélioré. De fil en aiguille, nous avons réussi à avoir notre propre "home sweet home" en location.
Puis, mon père est descendu, seul, dans le sud en espèrant trouver une meilleure vie pour sa famille. Il cherchait peut-être le colorado ...
En l'absence de mon père, en petit garçon fier, je me devais de prendre soin de ma mère. Je me sentais l'homme de la maison. Je me rappelle avec émoi, que mon père a toujours l'habitude de manger une orange en fin de repas. Moi, petit, j'en avais horreur des fruits. Le jour où mon père est parti dans le Sud de la France, à la fin de chaque repas, je mangeais une orange. En quelquesorte, je le mimais, à la fois pour me rassurer (je pensais au rituel de mon père), pour faire comme un adulte consciencieux, pour remplacer l'absence de mon père vis-à-vis de ma mère. Je voulais qu'elle me voit adulte, fort, comme mon père l'était. Je voulais qu'elle même soit rassurée de se dire qu'elle avait son petit homme à la maison...mais je n'avais que 12 ans...
J'étais fier de dire à mes copains exclusifs, que j'étais l'homme de la maison, quelle fierté !!
Cela ne m'empêchait pas d'avoir mes jeux de mecs avec mes copains : on s'échangeait les GI Joe, j'étais le meilleur aux billes (la bille 2 fois frôlée, c'est comme tiquée) ... non, je suis un peu ventard :-)
Après de longs mois à vivre sans mon père, il est revenu, encore plus abattu, car n'ayant pas trouvé de travail satisfaisant.
Dès lors, nous avons dû déménager à nouveau, car le loyer devenait trop important comparé aux revenus de mes parents. Mes parents ont trouvé un appartement pas trop cher dans une cité.
Là, nous avons été très prudent côté finances, ma mère cumulait 2 boulots. Joindre les 2 bouts n'était pas chose aisée...
En 1994, mon père arrivait à l'âge de la retraite. C'était une sorte de délivrance psychologique pour lui. Sa retraite allait lui rapporter beaucoup plus que le travail qu'il faisait avant.
Mon père avait toujours dit qu'il voudrait passer sa retraite au soleil. La décision était prise !
A l'été 1994, nous déménageions dans le sud de la France.
Durant cette période entre 1980 (ma naissance) à 1994, nous avons déménagé 9 fois. Soit environ 1 déménagement tous les 2 ans. Essayez d'imaginer.
Cependant, je ne regrette rien. Mes parents ont toujours été là pour me protéger, pour m'éléver, me donner la meilleure éducation qu'il soit. J'ai toujours mangé, j'ai toujours été scolarisé.
Comparé à de nombreuses histoires de vie, je me dis que j'ai de la chance. J'ai été entouré d'amour, même parmi les moments les plus difficiles.
Mes parents ont su garder leurs rôles de parents, même si je sais que ça a été une période très douloureuse pour eux. Au travers de ces épreuves difficiles, leur couple a volé en éclat, mais ils sont toujours restés ensemble pour ne pas me perturber. Certes, ils vivaient et vivent toujours comme des amis, mais il n'y a plus rien de charnel.
N'est-ce pas là la plus belle preuve d'amour à un enfant ?
Parfois, je me dis que mes parents sont restés ensemble à cause de moi. Si je n'avais pas existé, probablement se seraient-ils séparés, chacun aurait fait sa vie de son côté. Leurs vies auraient été meilleures .. Je me sens un peu coupable de cette situation ambivalente.
Que dire ? que faire ? Les choses en ont été ainsi faite. Je ne pourrais jamais revenir en arrière, mais si seulement je le pouvais, je souhaiterais qu'il en soit autrement pour eux. Qu'il ne vivent que du bonheur...