Cette année de 1980 ...

Ceci est mon 1e article et je vais essayer d'être le plus explicite mais aussi succint afin de retracer ma vie.
Pardonnez-moi si je suis un peu long ...

Comment tout a commencé :

Ma mère était divorcée de son 1e mariage (elle a eu une fille, ma demi-soeur).
Mon père était divorcé de son 1e mariage. (pas d'enfant avec son ex-femme)

A l'époque, mon père (qui tenait un grand magasin de vêtement pour Hommes) recherchait une vendeuse pour son entreprise. Ma mère est venue postuler à cette offre et elle fût embauchée.
De fil en aiguille, les affinités se faisant, mes parents décidèrent de vivre ensemble.
En 1980, de leur amour, je me suis présenté. Mon père n'avait jamais eu d'enfant et rêvait d'avoir un garçon !!
Au fur et à mesure de mon évolution in-utéro, ma mère passa des échographies qui ne permaittaient pas de déterminer mon sexe. Ma mère refusait de faire une amniocentèse (permet d'établir le caryotype qui dit si il y a une anomalie chromosomique et de quel sexe est le bébé) Fille ou garçon ?? c'était la grande surprise ..

Finalement, fin de l'année 1980, j'ai décidé de pointer mon petit bout nez à Lille (59). Bébé normal 3Kg700 et 51 cm. J'étais le bébé tant attendu, prêt à recevoir tout l'amour de mes parents.
Mon père fou de joie a assisté à l'accouchement. Quand le gynécologue/obstétricien m'a sorti, mon père s'est exclamé (véridique) : "C'est un garçon !!!!" .... il n'avait pas vraiment tort ....
Le médecin précisa à mon père que "cette grande chose" n'était pas un zizi mais un cordon ombilical. Imaginez le fou rire à la fois de stress et de soulagement.

Sortis de la clinique, mes parents étaient les "plus beaux et les plus heureux du monde". J'étais le "bébé idéal" ...


# Posté le vendredi 27 juin 2008 09:28

Modifié le samedi 28 juin 2008 09:33

Mon enfance de 1980 à 1986

Comme tous les enfants dans ma condition, j'ai grandi en tant que petite fille avec un prénom féminin ...

J'ai eu mes maladies infantiles, j'ai été à la maternelle. Jusque là, j'étais comme tous les enfants !
A l'époque, ma soeur avait 16 ans, alors vous vous doutez bien qu'à cet âge-là, on a plus envie de sortir avec les potes plutôt que de rester cloîtrée à la maison. T'as bien fait ma grande soeur ;-)
J'ai donc été élevé comme un enfant unique en quelque sorte. Vous me direz quelle chance de pouvoir être chouchouté par ses parents, d'être un peu l'enfant Roi.
C'est vrai et c'est faux : C'est vrai que j'ai eu la chance d'avoir des parents aimant, qui ont toujours été là pour moi, à mes petits soins. J'ai reçu une bonne éducation (ni trop strict ni trop soft) et je remercie mes parents. Leur méthode a été très constructive pour moi.
Mon seul regret est de ne pas avoir cotoyé plus souvent ma grande soeur. C'est dur pour un enfant de ne pas savoir quoi faire tout seul, de devoir chercher à quel jeu jouer tout seul... mais je ne pleure pas sur mon sort car j'avais des petits voisins, des camarades et mon Papa qui jouaient avec moi.

Mes jeux préférés ? Le football, le vélo cross, monter ces petits avions en polystyrène et les faire voler dans le parc, les playmobils, les majorettes et j'en passe...Jouer à la bataille avec mes copains dans l'herbe (je ne jouais qu'avec les garçons, j'allais embêter les filles avec eux...ha oui, c'était vraiment la belle époque !

J'étais un enfant, tout ce qu'il y a de plus normal. Je n'ai jamais eu de troubles du comportement, pas de crise, rien.

A l'âge de 4 ans, je me souviens que je refusais de porter des robes ou des collants. Pourquoi ? je n'en sais rien ! C'était inconscient, une réaction qui m'était normale...
Je me souviens que mes parents m'avaient coupé les cheveux courts, non seulement par mesure de facilité (laver et coiffer les cheveux longs d'une petite fille ça doit pas être évident je pense) et aussi parce que je voulais avoir les cheveux courts !!!

Je me rappelle vers l'âge de 5 ans, j'allais dans la salle de bain avec mon père quand il se rasait. Je le regardais comme un petit garçon admiratif, et je voulais faire comme lui. Il me mettait de la mousse à raser sur mon visage, comme lui. Et je faisais semblant de me raser. C'était une époque merveilleuse ...

Je partais le dimanche matin à vélo avec mon père pour acheter du pain frais et des croissant. On faisait le petit déjeuner de Maman et on lui apportait au lit.
C'est sûr, raconter cela, finalement, il n'y a rien d'exceptionnel me direz-vous, mais quand je vous raconte ma vie, j'ai l'impression de vous raconter ma vie de "petit garçon". Ne trouvez-vous pas ?

Quand je suis rentré au CP, j'étais enfin ches les grands :-)
Les débuts ont été un peu houleux ...
J'allais dans les toilettes des garçons pour faire pipi, mais je ne comprenais pas pourquoi mes copains arrivaient à faire pipi debout et pas moi ?! Alors comme c'était plus facile de faire pipi assis, j'étais bien obligé de faire comme les filles !
Vers l'âge de 6 ans, je savais qu'il y avait quelquechose de différent chez moi, mais je ne savais pas de quoi il s'agissait.
A l'école, je me souviens de mes camarades qui me disaient souvent "t'es une fille ou un garçon ?". (Je précise que j'ai un prénom féminin anglophonisé).
Je me rappelle avoir une copine qui s'appelait Marianne (que je voyais plutôt comme mon amoureuse). Je lui avais dit que j'étais un garçon et pas une fille, car j'étais sûr que j'étais un garçon et que mes parents avaient dû se tromper !!
Combien de fois ai-je feuilleté mon carnet de santé pour trouver un élément qui prouverait que je suis bien un petit gars ?!! un bon nombre de fois...

A la fête de fin d'année, on devait revêtir des vêtements traditionnaux de régions. Les filles en robes et en jupes, les garçons en pantalons et shorts.
Ce jour là, je suis tombé de très haut. Je me retrouvais afûblé d'un véritable déguisement de fille avec une robe ! C'était la 1e fois de mon existence (d'aussi loin que je m'en souvienne) que je ne portais pas de pantalon ou de short. J'ai eu la honte de ma vie, j'avais envie de vomir. Les ricannements de mes petits camarades qui me pensaient être un garçon finalement...

Ce jour là, j'ai vraiement réalisé que rien n'allait plus. J'allais sur mes 7 ans...





# Posté le samedi 28 juin 2008 09:37

Modifié le samedi 28 juin 2008 11:43

Gros coup dur ...

Bonjour à tous,

J'ai viens d'encaisser un coup très dur il y a 1 heure.
J'ai été voir mes parents et je leur ai demandé de faire un témoignage pour entamer une procédure de changement d'état civil.
Ma mère ne comprend pas, pourquoi elle ferait une telle chose ! Elle est butée à dire que je suis une fille.
Comme je vous l'ai raconté dans les articles précédents, j'ai eu une enfance de petit garçon. Ma mère refuse de dire que mon comportement remonte à l'enfance...

Elle émet opposition, ce qui bloque ma procédure.
Je n'ai aucun témoignage de personnes qui habitent dans le 59. J'ai l'impression que ma vie s'arrête aujourd'hui.
Je n'ai pas de témoignages en ma faveur, je n'ai plus d'espoir, je n'ai plus de vie ici-bas.

Je suis au désespoir de souhaiter mourir. Pardonnez-moi ces mots difficile.

..............

# Posté le lundi 30 juin 2008 09:08

Merci pour votre soutien...

Je vous remercie pour vos messages de soutien. Heureusement qu'il y a des personnes, comme vous, qui ne jugez pas sur les apparences. Vous regardez le coeur et les qualités des gens.
Si seulement tout le monde pouvait être comme vous mes ami(e)s ...

Pour répondre aux questions de certaines personnes, je vous met le résumé de mon parcours.
Plus tard, au fur et à mesure de mon autobiographie, je vous détaillerai tout :

2004 - 1e consultation avec les psychiatre.
2005 - Autorisation psy pour entamer un traitement endocrinien.
2007 - Hystérectomie + ovariectomie
2008 - Mammectomie bilatérale
2008 - Autorisation (certificat à l'appui) de mon psy + endocrino pour entamer une démarche de changement d'état civil

Merci pour l'aide que vous m'apportez

# Posté le mercredi 02 juillet 2008 04:24

Mon enfance de 1987 à 1994

Nous avons beaucoup déménagé en l'espace de 15 ans ... et ceci pour des motifs exclusivement financiers.
Mon père ayant perdu sa situation professionnelle, il a dû relever la tête et tenter de s'en sortir. Ce fut une épreuve très difficile pour lui.
Nous avons été obligé de partir d'une magnifique maison avec tout son confort, pour aller dans un tout petit appartement. En passant, nous avons déménager à nouveau dans une maison, pour finir par être logés à titre grâcieux dans une immense maison vide, sans chauffage, sans eau chaude, sans meubles.
Juste un matelas pour 2 où nous dormions à 3, moi au milieu de mes parents, de manière à nous tenir chaud les uns les autres...Nous mangeions grâce à 1 petit réchaud à gaz.
Sans aucun moyens, nous mangeions des pâtes le midi et le soir. Certes, nous étions dans la misère, mais nous sommes restés unis.
Mes parents avaient voulu me confier à mon parrain qui avait la place et le confort pour m'accueillir. J'ai toujours refusé de me séparer de mes parents. J'estimais que nous étions 3 et donc que les soucis, on les affrontait à 3. A 12 ans, j'ai appris très tôt ce qu'était la vie, la valeur de l'argent, ce qu'était la faim et la peur, le courage et l'espoir.
Cela m'a peut-être fait mûrir plus vite... je ne sais pas. Une chose est sûre, je m'étais endurci.
A force de tenacité, mon père a finalement retrouvé du travail et nous avons survécu comme on a pu.
Notre qualité de vie s'est petit à petit amélioré. De fil en aiguille, nous avons réussi à avoir notre propre "home sweet home" en location.
Puis, mon père est descendu, seul, dans le sud en espèrant trouver une meilleure vie pour sa famille. Il cherchait peut-être le colorado ...

En l'absence de mon père, en petit garçon fier, je me devais de prendre soin de ma mère. Je me sentais l'homme de la maison. Je me rappelle avec émoi, que mon père a toujours l'habitude de manger une orange en fin de repas. Moi, petit, j'en avais horreur des fruits. Le jour où mon père est parti dans le Sud de la France, à la fin de chaque repas, je mangeais une orange. En quelquesorte, je le mimais, à la fois pour me rassurer (je pensais au rituel de mon père), pour faire comme un adulte consciencieux, pour remplacer l'absence de mon père vis-à-vis de ma mère. Je voulais qu'elle me voit adulte, fort, comme mon père l'était. Je voulais qu'elle même soit rassurée de se dire qu'elle avait son petit homme à la maison...mais je n'avais que 12 ans...
J'étais fier de dire à mes copains exclusifs, que j'étais l'homme de la maison, quelle fierté !!
Cela ne m'empêchait pas d'avoir mes jeux de mecs avec mes copains : on s'échangeait les GI Joe, j'étais le meilleur aux billes (la bille 2 fois frôlée, c'est comme tiquée) ... non, je suis un peu ventard :-)

Après de longs mois à vivre sans mon père, il est revenu, encore plus abattu, car n'ayant pas trouvé de travail satisfaisant.
Dès lors, nous avons dû déménager à nouveau, car le loyer devenait trop important comparé aux revenus de mes parents. Mes parents ont trouvé un appartement pas trop cher dans une cité.
Là, nous avons été très prudent côté finances, ma mère cumulait 2 boulots. Joindre les 2 bouts n'était pas chose aisée...
En 1994, mon père arrivait à l'âge de la retraite. C'était une sorte de délivrance psychologique pour lui. Sa retraite allait lui rapporter beaucoup plus que le travail qu'il faisait avant.
Mon père avait toujours dit qu'il voudrait passer sa retraite au soleil. La décision était prise !
A l'été 1994, nous déménageions dans le sud de la France.

Durant cette période entre 1980 (ma naissance) à 1994, nous avons déménagé 9 fois. Soit environ 1 déménagement tous les 2 ans. Essayez d'imaginer.

Cependant, je ne regrette rien. Mes parents ont toujours été là pour me protéger, pour m'éléver, me donner la meilleure éducation qu'il soit. J'ai toujours mangé, j'ai toujours été scolarisé.
Comparé à de nombreuses histoires de vie, je me dis que j'ai de la chance. J'ai été entouré d'amour, même parmi les moments les plus difficiles.
Mes parents ont su garder leurs rôles de parents, même si je sais que ça a été une période très douloureuse pour eux. Au travers de ces épreuves difficiles, leur couple a volé en éclat, mais ils sont toujours restés ensemble pour ne pas me perturber. Certes, ils vivaient et vivent toujours comme des amis, mais il n'y a plus rien de charnel.
N'est-ce pas là la plus belle preuve d'amour à un enfant ?

Parfois, je me dis que mes parents sont restés ensemble à cause de moi. Si je n'avais pas existé, probablement se seraient-ils séparés, chacun aurait fait sa vie de son côté. Leurs vies auraient été meilleures .. Je me sens un peu coupable de cette situation ambivalente.
Que dire ? que faire ? Les choses en ont été ainsi faite. Je ne pourrais jamais revenir en arrière, mais si seulement je le pouvais, je souhaiterais qu'il en soit autrement pour eux. Qu'il ne vivent que du bonheur...

# Posté le vendredi 04 juillet 2008 12:40

Modifié le vendredi 04 juillet 2008 12:53